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Tiré d’un exercice d’écriture sur le thème :
« Vous montez sur le podium, mais pas comme vous l’auriez souhaité. »
J’écoute le délibéré, sans arriver à y croire. C’est un rêve. C’est forcément un rêve. À bien y réfléchir, ces dernières années étaient empreintes d’une irréalité qui me semble maintenant frappante.
La gorge serrée, je sens mon pouls battre dans ma carotide. J’ai envie de vomir.
Ne montre pas tes émotions.
Je tente d’avaler ma salive, mais la nausée m’en empêche.
Devant moi, la piscine semble titanesque. Je me souviens encore de son inauguration, il y a une éternité de cela, et des premières longueurs que j’avais pu y parcourir. Une piscine olympique, c’était une révolution. Ça nous avait motivé, et le club s’était vu pousser des ailes. Ou des nageoires.
L’idée me tire un rictus que je tente de chasser sur le champ. Sourire est la dernière des choses à faire.
Malgré toutes ces installations dernier cri, jamais une compétition digne de ce nom y fut organisée. Des tournois locaux, oui, mais rien de bien sérieux, ou du moins à la hauteur des lieux.
La ville avait alors fait l’achat de ce podium, comme pour conjurer le mauvais sort. Un podium monumental, d’un blanc étincelant, où chacun de nous s’était vu trôner un jour.
Le blanc avait maintenant fait place à un beige cramé par le soleil. Le carrelage bleu azur avait depuis complètement disparu, exposant un béton craquelé et des touffes d’herbe sèche poussant ça et là.
Un figuier famélique sortait d’un skimmer. Les branches presque nues portaient de minuscules fruits bruns et secs.
Une foule compacte s’était amassée autour du bassin, mais aucune compétition sous leurs yeux. Pas même d’eau. Simplement les vestiges de préoccupations passées et le spectacle morbide à venir.
Nous avions tendance à penser que cette curiosité malsaine était cantonnée à un temps lointain et moyenâgeux, mais elle est seulement humaine.
Jamais autant de spectateurs ne s’étaient réunis en ce lieu pour nous voir nager.
Mes yeux se fixent sur l’orateur. Il vient de prononcer quelque chose, et la foule a réagi.
Je n’écoutais pas.
Dans mon dos se presse la crosse d’un fusil.
Je pose un pied sur le podium, rapproché pour l’occasion du bord de la piscine. Troisième place.
On s’attend à ce que je monte sur la première.
Je m’y hisse, et je sens les larmes monter.
Mon cœur cogne dans ma poitrine, ma gorge, mes tempes. J’ai peur.
Première place.
Je me tourne vers le bassin et la foule se tait.
Au-dessus de moi, le plongeoir depuis lequel je n’ai jamais osé sauter projette une ombre oblique sur le béton craquelé.
Plus fine, l’ombre de la corde, qui d’un arc rejoint ma silhouette, se tend brusquement. J’ai du mal à respirer.
Je nageais vite, mais hier, j’aurais voulu courir plus rapidement encore.
Maintenant, j’aimerais m’envoler.
Guillaume Fratczak, 2023.
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